Après le poète Leroi Jones (sans parenté avec Hank) bien des musicologues ont étudié la filiation entre le blues ou le jazz et la musique des "djeli", les griots héritiers de l'empire médieval du Mali.
Hank Jones n'est pas le premier à dépasser ces spéculations théoriques, à oser se frotter à cet art presque millénaire: Herbie Hancock s'y était essayé avec moins de bonheur. "Sarala" signifie "je me confie à toi" en mandingue, et c'est ainsi que les griots affirment leur sincérité. "Sincérité" est le mot-clef de cet album, qui est de loin à ce jour la rencontre la plus aboutie et émouvante entre le jazz et sa mère Afrique...
Pour Hank Jones, né en 1918, petit-fils d'esclaves du Mississippi, l'Afrique n'est certes pas une terre étrangère... Une osmose miraculeuse se réalise entre le piano virtuose de cet héritier d'Art Tatum, l'orgue du toucouleur (peul sédentarisé) Cheikh Tidiane Seck et le balafon tempéré de Lansiné Kouyaté, ainsi qu'avec la flûte extatique du peul Ali Wagué, les guitares et cordes ancestrales maliennes (harpe "kora", luth "ngoni")... Quant au chant des griots (dont Kassemady Diabaté, génie vocal comparable à Salif Keita) il entraîne le pianiste vers les sommets inexplorés d'un lyrisme qui est à l'évidence la source la plus limpide du jazz.
Ce chef d'oeuvre absolu est l'un des plus beaux disques de la fin du XXè siècle.
Gerald Arnaud