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jeudi 29 juillet 2010
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Cheick-Tidiane Seck, le dernier guerrier mandingue

A Paris, où il vit depuis quinze ans, le multi-instrumentaliste Cheick Tidiane Seck fabrique patiemment une carrière musicale. Génie discret, ce Malien de naissance comme de cœur raconte son parcours.

Seck habite à Paris, un immeuble où les musiciens côtoient les ateliers d'artistes, dans une émulation qui pourrait être celle d'un Bateau-Lavoir contemporain. Pour le voir, il faut se coucher tard. Le musicien s'éveille lorsque certains prennent le métro après leur travail. Il accueille du monde vers minuit. A cette heure, le téléphone ne cesse de sonner. Seck tient un petit synthétiseur que la vocaliste Amina lui a prêté. Celle-là même qui chantait un air sur le faramineux album Sarala, réalisé entièrement par Cheick- Tidiane Seck et signé par le Pianiste de jazz Hank Jones. En regardant ces mains magnifiques parcourir le clavier, on ne peut s'empêcher de penser à la discographie exceptionnelle du maître. Seck collabore depuis trente ans avec tout ce que la world music et le jazz comptent de géants: le chanteur Salif Keita, le claviériste, fils spirituel de Miles, Joe Zawinul ou le trompettiste new-yorkais Graham Haynes.

Soudain, le Cheick prend la parole et évoque ses débuts, à Bamako. " Ma mère chantait. Moi, j'écoutais déjà Louis Armstrong ou Aretha Franklin à la radio. J'ai décidé d'entrer à l'Institut national des arts malien, dans deux sections: la peinture et la musique. " Mais le son l'emporte vite sur l'image. Seck prend part, avec Salif Keita et Mory Kanté, au mythique Rail Band. Le putsch militaire de Moussa Traoré en 1968 amorce un changement déterminant dans la vie de Seck. La junte n'apprécie guère ce qu'elle prend pour des prises de position politiques. " J'ai d'abord enseigné la peinture au lycée. On m'appelait Che Guevara. Je re- fusais tout du système des militaires. La veille de certaines grèves estudiantines, ils me mettaient même préventivement en prison. J'avais l'image d'un révolutionnaire. Mais j'affirmais seulement que je ne cautionnerais jamais un régime militaire. En fait, lors de ces gardes à vue, je ne passais pas une minute en cellule. L'officier chargé de me garder au frais aimait ma musique. Je passais donc la soirée à boire du thé devant le commissariat ! " Le dictateur Traoré se découvre certaines affinités avec le bloc soviétique. De nombreux artistes boursiers quittent le Mali pour étudier dans les pays communistes. A Bamako, aujourd'hui encore, cette influence reste sensible. Chaque semaine, dans un club à ciel ouvert de la capitale, des formations de salsa composées exclusivement de musiciens maliens se produisent avec succès. " II y avait bien sûr dans les années 70 une inspiration de la musique afro-cubaine au Mali. Mais nous, génération Woodstock, étions opposés à cette tendance. En réaction clairement politique. Nos racines étaient le blues, la soul et le R&B. "

Cheick Tidiane Seck finit par s'installer en Côte d'Ivoire. Dans les années 80, Abidjan est le centre névralgique de la scène musicale en Afrique. Seck y travaille ses instruments de prédilection: l'orgue (Hammond, de préférence) et la guitare. Il commence également à se servir d'une voix inouïe, située quelque part entre le griot mandingue et Otis Redding. Les scènes ivoiriennes se révèlent être un tremplin international. Seck et ses amis optent en définitive pour Paris. Salif et Mory connaissent la gloire que l'on sait. Seck poursuit sa carrière sur la pointe des pieds, en excellent sideman.

Et puis, outre-Atlantique, un vieillard black se réveille un matin avec l'intention de tenter un retour aux sources africaines. Rien à signaler jusque-là. Si ce n'est que le vieillard s'appelle Hank Jones, pianiste fondateur du jazz moderne; accompagnateur de CharIie Parker ou John Coltrane. Sa maison de disques, Verve, contacte sa succursale parisienne, consciente de la formidable plaque tournante que constitue la France pour les musiques africaines. Trois djembés, quelques chants traditionnels auraient probablement suffi au maître Jones. Mais on contacte, presque par hasard, Cheick Tidiane Seck, qui y voit sans doute l'occasion de réaliser le grand projet de sa carrière. Le résultat outrepasse les espoirs les plus fous. Le disque, sorti en 1995 sous le titre Sarala, est une des plus belles choses dans l'histoire de la fusion jazz et Afrique. Seck est lui-même surpris du triomphe: " Tout le monde a adhéré à cet album. Hank me disait: j'ai fait 800 albums dans ma carrière et jamais je n'ai vu un musicien diriger et jouer en même temps si parfaitement ses parties. Le producteur pleurait lors de la session ! A Paris, Cheick Tidiane Seck prépare son prochain album et vient de collaborer au dernier album d'Amina. Homme à suivre.

Arnaud Robert, Paris

   
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